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BULLETIN DU JEUDI 31 MARS 2005 SOIR .
Un temps vraiment « variable » qui « n’annonce pas
durablement la couleur »… Depuis plusieurs jours la situation
météorologique n’est pas facile et les prévisions
le sont encore moins. Mais les infiltrations d’air froid en altitude,
sur le flanc Est de la dorsale hésitante qui nous recouvre en ont profité
pour déclencher des pluies instables et localement orageuses sur le
Sud-Est. Pluies bienvenues !
L’instabilité convective a concerné le relief et dès
ce matin de jeudi dans la région niçoise, la présence
conjointe de Cumulus encore modestes en basses couches surmontés d’Altocumulus
à l’étage moyen, indiquait que l’air était
thermiquement instable (donc animé d’ascendances) sur déjà
plusieurs milliers de mètres d’épaisseur. La suite l’a
confirmé comme le montre l’image satellitaire ci-dessous. Les
cumulus ont donné des cumulonimbus sur les Alpes du Sud et la Corse
essentiellement.

Image NOAA le 31 mars 13h53
ANALYSE :
Cette activation de la convection diurne est due à la fois
- au fort réchauffement du sol par le rayonnement solaire : ce dernier
équivaut à celui d’un 11 septembre,
- et surtout à l’arrivée d’air plus froid en altitude
par l’Est.
En effet un fort réchauffement du sol, et donc de l’air au-dessus
est incapable de générer un orage si le gradient thermique vertical
n’est pas suffisant (sinon il pleuvrait tous les jours en été
!). Pour que ce gradient thermique se renforce, il faut soit un air particulièrement
chaud en basses couches (comme pour les orages qui ont accompagné dans
les Alpes du Sud la canicule d’août 2003, et dont la foudre a
allumé des incendies en forêt sans pluie pour les éteindre)
; soit de l’air particulièrement froid en altitude.
Cette advection d’air (modérément) froid s’est faite
sur le flanc occidental du talweg d’altitude dont l’axe (en gris
sur la carte ci-dessous) s’étend des Alpes jusqu’en Russie.
Les positions respectives de l’isotherme – 26°C, en vert à
00h, et en rouge à 12h ce 31 mars, montrent bien la progression du
froid vers l’Ouest, avance qui s’est probablement poursuivie durant
l’après-midi.

Géopotentiel 500 hPa à 12h le 31 mars. Iso –26° à
12h en rouge et 00h en vert. Axes du talweg en gris et de la dorsale en marron.
Progression du froid : flèche mauve.
Source : MétéoCentre.
Du reste, la progression de l’air froid a été matérialisée
par la progression des orages vers l’ouest également. D’ailleurs,
la carte des impacts de foudre indique les impacts en vert à 15h et
en orange, plus à l’ouest de la Provence, à 16h.

Impacts de foudre cumulés à 17h, le 31 3 05 (Wetterzentrale)
La succession de ces 3 images météosat ci-dessous prises à
9h, 12h et 15h TU ce 31 mars montre bien la nébulosité croissante
sur le Sud-Est et la Corse, mais aussi sur les Dolomites et l’Apennin



Le sondage de Nîmes à 12h le 31 mars, montre une instabilité
entraînant l’ascendance de l’air selon le parcours en rouge.
La saturation de l’air en vapeur d’eau (et donc la base du nuage)
apparaît vers 820 hPa (1800m environ) et le cumulus ainsi né
monte jusque vers 520 hPa (environ 5300 m). A l’ouest du Rhône
les nuages se développeront donc peu, d’où la couleur
grise (sommet des nuages pas très froids du fait de leur altitude modérée).
Sur la Provence et surtout le Comté de Nice et la Corse, là
ou le sol bien chauffé est surmonté en altitude par l’air
froid provenant du NE, les nuages montent beaucoup plus haut, d’où
la couleur blanche de leur sommet nettement plus froid que leurs collègues
de l’ouest…

Le sondage d’Ajaccio au même moment montre de manière
exemplaire les deux différences majeures avec Nîmes :
A Ajaccio l’air est plus humide en basses couches (point de rosée
à 12° au lieu de 4°)
L’air est nettement plus froid en altitude, surtout au dessus de 500
hPa. Par exemple : -37° à 400 hPa contre – 30° ….
C’est ce qui va permettre au cumulus de se former dès 800m d’altitude
et de se transformer en cumulonimbus qui va grimper jusqu’à 330
hPa, environ 9000m !
Sondage d’Ajaccio le 31 3 05 à 12h. Source : Univ. de Cologne.
Il est évident qu’un sondage effectué à Nice aurait
eu une allure comparable, avec peut-être encore plus d’air froid
d’altitude (le sondage de Cunéo n’est pas disponible, malheureusement).
Pour les amateurs de détails sur la lecture des radiosondages, prière
de se reporter au bulletin du 11 mars dernier (publié le 12) visible
dans les « dossiers ».
EVOLUTION :
Le champ de pression reste élevé au sol, comme le montre l’analyse
du Bracknell de 12h ce 31 mars.
Au passage cela confirme à quel point il faut se garder de n’utiliser
que la carte de surface pour comprendre un événement. Cela est
encore plus vrai en plein été.

Bracknell (MetOffice) du 31 3 05 à 12h.
Les modèles semblent s’accorder pour prédire le glissement
vers l’Est de la dorsale d’altitude actuellement sur la Péninsule
Ibérique et les Iles Britanniques.

Prévision Bracknell pour Dimanche 3 avril 2005 à 12h

Cela signifie une amélioration dans un premier temps, suivie d’un
retour d’un flux de S à SW pour dimanche, en surface comme en
altitude (flèche mauve sur la carte ci-dessus), tandis que s’approche
un talweg atlantique. Avec activité conjointe de discontinuités
sur le Sud-Ouest, d’une vraie perturbation méditerranéenne
remontant du sud des Baléares et d’un front froid sur les Iles
Britanniques avec de l’air froid à l’arrière (flèche
noire).
On remarquera que la circulation d’altitude sur le modèle européen
ECMWF ci-dessus paraît découplée, déphasée
selon la latitude : Talwegs et dorsales ne se prolongent par une figure isobarique
de même nature, comme s’il y avait une circulation assez fragmentée
vers 40° de latitude, et une autre vers 60°N… Ce système
dure depuis déjà plusieurs jours.
SUR LE SUD-EST :
L’incertitude demeure sur le sort de la perturbation méditerranéenne
prévue pour dimanche entre Provence et Baléares : donnera-t’elle
des précipitations importantes sur le Sud-Est, ou passera-t’elle
plus au sud, ce qui donnerait quand même des pluies en Corse.
De même le front froid Atlantique paraît ne pas descendre jusqu’à
nos latitudes…
L’incertitude à terme demeure donc forte.
On peut toutefois s’attendre à une amélioration demain
vendredi (avec encore de l’instabilité en montagne coté
alpin), puis meilleur temps samedi.
Toutefois, des entrées maritimes sont bien possibles sur les côtes
et les reliefs littoraux dès samedi 2 avril….
Aggravation nette dimanche 3 suivie d’une lente amélioration
lundi et surtout mardi.
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS ET LES
MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR LA PREVISION
EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Pierre CARREGA
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