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BULLETIN du Mardi 20 SEPTEMBRE 2005 soir.
Retour sur image avec cette situation un peu agaçante du dernier week-end.
La cyclogénèse (même modeste) et en tous cas les pluies
attendues pour samedi après-midi se sont faites … attendre. Certes
il a bien plu sur la Corse, mais c’est finalement surtout dimanche que
le Sud-est « continental » a été arrosé,
plutôt davantage la Provence d’ailleurs, que le Comté de
Nice. Pas évident.
Revenons aux averses de dimanche 18 , avec l’image satellite (fig 1)
qui montre bien un temps très clair sur Nîmes (N), et couvert
sur Cunéo (C) et Ajaccio (A).
Fig 1 Image Meteosat IR. A 12h TU le 18 septembre 2005.
http://www.chmi.cz/meteo/sat/SDUS/index.php?lang=en
Cette situation est un bon cas d’application des radio-sondages
(merci Christophe !) :
- A Nîmes (fig 2), le Mistral souffle, aucune formation de nuage est
constatée, et le sondage montre qu’aucune convection thermique
ne peut dépasser 850 hPa soit environ 1500 m d’altitude. Au dessus
de ce niveau, de l’air relativement chaud empêche toute ascendance,
et comme l’air est sec (td de 3° pour une tempé de 19°),
la vapeur d’eau qu’il contient n’a pas le temps de se condenser
durant la montée. Pour qu’un nuage se crée, avec cette
température à la surface il aurait fallu un td (point de rosée)
de10° environ. On en est loin.
Fig 2 Sondage de Nîmes, le 18 septembre à 12h
TU. Source : météosudest.org
Par rapport au précédent , le sondage de Cuneo
(fig 3), sur le versant italien du massif de l’Argentera indique de
l’air plus froid mais aussi plus humide. Du coup la convection donne
un cumulus possible, avec une base vers 870 hPa (1300 m environ) là
où se produit la condensation, à l’intersection de la
ligne d’égal rapport de mélange (surlignée en violet
continu) et de la ligne de refroidissement selon l’adiabatique non saturée
en partant de la température au sol (ligne violette tiretée)
; mais comme en altitude l’air est également assez chaud, même
l’air saturé en vapeur d’eau (et qui de ce fait se refroidit
moins que de l’air non saturé en montant, grâce à
la chaleur latente libérée par la condensation) ne parvient
pas à dépasser environ 730 hPa. En clair les cumulus ne peuvent
dépasser 2500-3000m.
D’ailleurs, les averses de très forte intensité que j’ai
pu constater l’après-midi de dimanche entre Cagnes et Antibes
provenaient de cumulus relativement peu élevés, et sans aucun
orage…

Fig 3 Sondage de Cuneo, le 18 septembre à 12h TU. Source
: météosudest.org
Enfin, le sondage d’Ajaccio (fig 4) montre une instabilité
nettement plus prononcée, mais là encore pouvant à peu
de choses près, à partir de l’altitude de condensation
d’environ 2000m (800hPa) engendrer un petit cumulus de quelques centaines
de mètres de hauteur ou un cumulo-nimbus atteignant 10 000m…
Toujours cet air chaud supérieur … On voit que la ligne bleue
épaisse n’est jamais bien loin de la courbe d’état,
ce qui signifie une capacité d’ascendance réduite puisque
la différence de température est faible.

Fig 4 Sondage d’Ajaccio, le 18 septembre à 12h
TU. Source : météosudest.org
Le temps signalé sur la carte de la fig 5 montre aussi,
en plus de la nébulosité, que le gradient de pression de NE
(ici isobares tous les 1ha) est fort sur la France, mais pas sur la Méditerranée,
ce qui explique que le vent d’est ait été plus que discret
la plupart du temps…

Fig 5 Analyse en surface, le 18 septembre à 12h TU.
Source : météocentre.com
La situation en altitude –500 hpa- est celle d’une
goutte froide en cours de détachement du talweg-mère, sur un
axe NE-SW, le sud-est de la France étant encore sur la face orientale,
et recevant donc un flux lent de SW (fig 6).
Fig 6 Analyse 500 hPa, le 18 septembre à 12h TU. Source
: météocentre.com
Plus bas, vers 1500 m (fig 7), la dépression est décalée
classiquement vers le sud-est, et semble aspirer un peu d’air chaud,
mais sans vigueur véritable.

Fig 7 Analyse 850 hPa, le 18 septembre à 12h TU. Source
: météocentre.com
Pour finir, je ne résiste pas à l’envie de montrer ce
magnifique diagramme du profileur de Nice, montrant à la fois la complexité
de l’écoulement du vent à Nice (mais ce n’est pas
nouveau !) ce lundi 19 septembre, mais aussi et surtout le basculement total
du flux vers 4000 m d’altitude aux alentours de 16 h. La direction change
de 180°, du SSE au NNW : c’est le passage de la dépression
qui s ‘évacue vers l’est, et la position de Nice passe
aussi sec de façade orientale à façade occidentale, par
rapport à cette goutte froide (fig 8).

Fig 8 Profileur de vent à Nice le 19 septembre 2005,
de 11 h à 24 h TU (abscisse).
Les flèches indiquent vitesse et direction du vent
à diverses altitudes (ordonnée).
Au total, un épisode qui aura effectivement arrosé
comme prévu le Sud-est de la France, mais pas vraiment comme attendu
, dans le détail, avec un retard des pluies, une cyclogénèse
active plus à l’est, surtout vers l’Italie dès le
samedi, et surtout des averses parfois fortes et durables issues de lignes
nuageuses (convergence ?) provenant de manière prédominante
du SW, et se formant en mer ou au large des Baléares, y compris le
dimanche, plus que de la mer Tyrrhénienne comme les modèles
le laissaient penser.
ANALYSE :
Bien que datant d’hier lundi 19, cette magnifique image
dans l’infra-rouge vapeur d’eau montre bien les 3 acteurs du temps
actuel : une dépression fermée avec la spirale de vapeur d’eau
associée, sur la Sardaigne, une secteur plus sec sur le nord de la
France et de l’Europe continentale, correspondant à un anticyclone,
et une bande nuageuse depuis un tourbillon (dépression) au large de
la Norvège, jusqu’à l’ouest de l’Espagne :
il s’agit d’un front froid à l’arrière duquel
la subsidence forte amène de l’air très sec (et très
noir sur l’image) sur l’est de l’Irlande et l’Ecosse.

Fig 9 Image Meteosat Vapeur d’eau. A 19h00 TU le 19
septembre 2005.
http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de
L’analyse du Bracknell (fig 10) 24 h plus tard, soit
ce soir de mardi à 20 h locales, montre que la goutte méditerranéenne
ne se détecte plus vraiment en surface (elle dérive vers l’est
en se comblant), l’anticyclone européen du nord est toujours
bien là, solide, et justement le front froid de NW s’est un peu
disloqué dessus, du moins sa partie méridionale. Mais déjà
se pointe une dépression atlantique…
Ce flux d’ENE résultant pour la France donne de l’air froid
mais assez sec, donc capable de se réchauffer en journée, même
si la nuit dans le calme et les inversions thermiques accentuées par
le rayonnement on ne doit pas être loin des gelées sur une bonne
partie de la France…
Fig 10 Analyse pour la surface le mardi 20 septembre à
18h TU. Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
EVOLUTION :
La goutte froide semble ne plus vouloir s’éloigner vers l’est
et il convient donc d’être méfiant lorsque de l’air
froid en altitude n’est pas loin à l’est : c’est
une source de cumulus ou même cumulonimbus possibles sur les massifs
frontaliers de Alpes-Maritimes, avec possibilité de débordement.
Mais cette probabilité reste modérée et surtout ne concerne
cette fois que les Alpes-Maritimes, pour mercredi surtout.
Donc beau temps général sur la France mercredi, jeudi , avec
une nuance nuageuse pour l’extrême NW mercredi (mieux jeudi) en
marge sud de perturbations atlantiques, et pour l’extrême sud-est
un peu cumuliforme (en principe rien de plus) mercredi, et moins jeudi (fig
11). Par contre du brouillard n’est pas exclu sur la partie ouest et
nord de la France, là où l’air sera plus humide…

Fig 11 Prévision pour la surface le jeudi 22 septembre
à 12h TU.
Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
A partir de vendredi le scénario classique de tentative
de destruction de la forteresse anticyclonique sur sa marge atlantique débute.
Une succession de fronts d’W à NW devraient venir se disloquer
sur cette montagne anticyclonique d’air chaud en altitude et plus frais
en bas, ce qui accroît sa stabilité. A force, ils finissent par
pénétrer dans le pays, mais affaiblis, du moins jusqu’à
dimanche ou lundi. Seul l’extrême ouest ou nord-ouest de la France
semble susceptible de quelques pluies, et pas avant dimanche…
SUR LE SUD-EST :
Mis à part quelques cumulus sur le relief des Alpes-Maritimes et de
la Corse, demeurant modestes en principe, c’est plusieurs jours de beau
temps calme et clair. Pas de vent synoptique, et donc régime de brises
thermiques. Fortes amplitudes thermiques entre jour et nuit. Températures
agréables dépassant 20° le jour mais fraîches la nuit,
en hausse au fil des jours. Au pire quelques lambeaux de brouillard peu épais,
vite disloqués en matinée, dans les bassins intérieurs
(du Var par exemple), mais cela devrait rester local et lié à
un fort rayonnement nocturne. Par contre l’absence croissante de brassage
de l’air vers le week-end pourrait accentuer cette tendance et même
voir le début de strato-cumulus littoraux sans danger mais peu agréables…
Pas de pluie en vue, au moins jusqu’à dimanche ou lundi 26 prochain.
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS ET LES
MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR LA PREVISION
EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Se voulant une initiation et une réflexion scientifique, elle n’engage
en rien son auteur du point de vue des prévisions !
Pierre CARREGA
carrega@unice.fr
Université de Nice-Sophia Antipolis /
Equipe Gestion et Valorisation de l’Environnement (UMR Espace).
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