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BULLETIN DU MARDI 17 MAI 2005 SOIR.
Elle est enfin venue cette pluie si souhaitée. Déjà vendredi
dernier avec 42 mm à ma station Davis de Vence. Pas trop prévue
celle-là…
Par contre celle d’aujourd’hui s’est lentement mais sûrement
annoncée. Ce soir à 1h15 le 18, depuis le début de l’averse
débutée à 17 h environ, le cumul atteint 53 mm, et ça
continue…
C’est une pluie qui va évidemment faire râler les tondeurs
de gazons, mais contenter les arbustes et arbres dont les racines vont enfin
être à la fête. Et aujourd’hui la pluie est plus
généralisée que vendredi.
Du coup, on ne va plus trop entendre parler des nappes phréatiques
pendant un moment…

Mais de belles journées arrivent !
ANALYSE :
Une dépression quasi stationnaire depuis plusieurs jours sur le proche
Atlantique aspire de l’air relativement doux (flèche orange fig
1) sur sa face orientale dans un flux de SW, tandis que de l’air plus
froid, de Nord, la réalimente sur sa face occidentale (flèche
bleue). Plusieurs séries de paquets nuageux ont ainsi traversé
la Méditerranée depuis les environs de Gibraltar vers le NE
depuis plusieurs jours, donnant parfois lieu à de belles averses orageuses,
comme celle de Vendredi 13 à Vence.

Fig 1 Géopotentiel 500 hPa , le dimanche 15 mai à
minuit. Source : Météocentre.
La nouveauté, c’est que l’onde de ce talweg-goutte froide
(selon les moments) a commencé à se décaler sérieusement
vers le SE et a traversé depuis lundi, successivement l’Espagne
et l’ouest de la Méditerranée. A 14h ce mardi 17 (12h
TU), la goutte était centrée sur la Catalogne, et demain mercredi
aura traversé l’Italie. La fig 2 montre le cut off d’altitude
(vers 5500m ), ainsi que le fort contraste thermique : il faisait à
14h –14 ° au-dessus de Rome, contre –22° à Madrid
qui est du coup surmontée par de l’air plus froid qu’au–dessus
de Saint-Petersbourg, plus de 2000 km plus au nord… On notera aussi
les –35° en mer de Norvège, dignes du cœur de l’hiver.
C’est le propre des situations de blocage : au lieu de s’écouler
plutôt d’W en E, l’air suit des trajectoires méridiennes,
de S à l’avant des talweg (balkan et Russie, ici), de N à
l’arrière (Atlantique et mer du Nord). Les isothermes –22°
et –14° de la fig 2, avec les masses d’air piquetées
de bleu ou de rouge qu’ils limitent, soulignent bien ces contrastes
plus accentués dans le sens E - W que dans le sens N – S.
Fig 2 Géopotentiel 500 hPa , le mardi 17 mai à
12h TU. Source : Météocentre.
Un système perturbé, véritable cyclogénèse,
se développe rapidement et gagne en puissance sur la mer, aspirant
un fort vent d’Est sur le littoral Provencal (fig 3).
Fig 3 Situation en surface le 17 mai à 18h TU. Modèle
Bracknell du MetOffice.
Source : Wetterzentrale.de
A l’avant de ce système, l’air était instable dès
ce matin de mardi : de magnifiques cumulus n’ont cessé de monter
et de se densifier sur la région niçoise. Ce bourgeonnement
se voit sur l’image du satellite NOAA de 13h15 : il concerne les basses
couches d’abord puis s’étend en altitude (fig 4). Il est
net sur l’image dans une zone intermédiaire n°2 s’étendant
de la plaine du Pô aux Alpes-Maritimes et à la mer plus au sud
(« petits » nuages grisâtres floconneux). Plus à
l’Est passe l’une de ces bandes nuageuses de SW habituelles ces
jours derniers (secteur n°1), et plus à l’Ouest apparaît
le secteur 3, celui de la perturbation en cours de développement, qui
donne déjà de la pluie sur le Golfe du Lion et envahit la Provence.

Fig 4 Image NOAA composite. 13h15 le mardi 17 mai 05.
Source : http://www.btinternet.com/~wokingham.weather/wwp2.html
Ces 3 secteurs nuageux différents se voient bien sur l’image
Méteosat de la fig 5.

Fig 5 Image Météosat du 17 mai à 12h
TU. Source : http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de/
La zone instable 2 est donc un secteur intermédiaire, mais important
puisqu’il annonce que l’instabilité sera forte, étant
déjà présente en basses couches. Ce radiosondage de Cuneo
montre la possibilité de cumulus apparaissant dès 1000m environ
(le point de rosée au sol est de 10°), et montant assez haut. (fig
6).

Fig 6- Radiosondage de Cuneo, le 17 Mai 2005 à 11h
TU. Source : université de Cologne.
En fait, on a ici les ingrédients pour de fortes précipitations
à venir, et cela est visible dès le matin.
Bien qu’elle ne soient pas terminées à l’heure où
j’écris ce bulletin, ces fortes pluies s’expliquent essentiellement
par :
1- Une source de vapeur d’eau.
Elle est toute trouvée avec la mer qui commence à se réchauffer.
Rappelons que plus l’air est chaud, plus il peut emmagasiner de la vapeur….
A Vence, la température du point de rosée (td) est montée
dans la journée de ce mardi, jusqu’à 12 - 13°, ce
qui est un air déjà assez humide. La figure 7 montre bien cette
importante humidité absolue sur les rivages méditerranéens
(td de 14 à 15° sur le littoral), à opposer à l’air
pauvre en vapeur d’eau qui s’écoule de NE sur le N de la
France.
2- Un moteur de refroidissement pour provoquer la condensation (les nuages)
puis la pluie. Ce refroidissement est provoqué par l’ascendance
de l’air, la montée le refroidissant « intrinsèquement
» puisqu’il se détend en montant.
Le moteur est à la fois
- le cyclonisme, c’est à dire une ascendance lente mais continue
et massive dans la dépression, associée à la convergence
de l’air en basses couches,
- l’instabilité thermique (cf le sondage de Cuneo), c’est
à dire que l’air de basses couches est relativement chaud (et
humide) par rapport à l’air d’altitude (-20° à
500 hpa, à Cuneo),
- l’orographie, c’est à dire l’action d’obstacle
du relief préalpin et Cévenol qui force l’air à
se soulever (flux de S à E).

Fig 7 Carte de surface, pointée. Le 17 mai 05 à
14h TU (16h). Source : Météocentre. L’isotherme vert
L’aspiration de l’air doux, humide et instable en basses couches,
forcé de se soulever sur les reliefs préalpins de l’arrière-pays
niçois est nette sur la fig 8. Jusque vers 16h TU, juste après
l’orage qui a accompagné le début de la pluie, le flux
est d’Est depuis le sol jusque vers 2000 m environ, surmonté
d’un flux de S (à l’avant du talweg d’altitude).
De 17 h à 20 h TU, le flux bas s’oriente au sud, et à
l’est au dessus de 1500m, signe que le centre du cut-off passe plus
au sud, en mer, tandis qu’après 20 h, en dessous de 1500m le
flux bascule totalement au nord.
Fig 8 Direction et vitesse du vent en altitude à Nice,
le 17 mai 2005. En abscisse, les heures (TU), et en ordonnée, l’altitude
en Km. Source Metoffice (origine : MétéoFrance).
L’orage, plus violent en mer que sur le continent, qui a précédé
ces fortes pluies se repère sur la fig 9 où l’on voit
les points d’impacts des cellules orageuses se décaler d’W
en E.

Fig 9 Décalage vers l’Est des cellules orageuses,
principalement en mer, le 17 mai 05, sur le sud de la France.
Source : Wetterzentrale
EVOLUTION :
Les modèles s’accordent pour faire évacuer assez vite
la perturbation vers l’Est demain mercredi, avec une rapide hausse de
pression à l’arrière et donc le retour du beau temps.
Etablissement durable d’une dorsale d’altitude et d’un anticyclone
vaste au sol, se renforçant jeudi et vendredi (fig 10 et 11). La question
étant de savoir à terme si le système perturbé
atlantique réussira à s’enfoncer vers la France dès
le week-end prochain (21-22 mai). Mais le Sud-est sera touché en dernier…

Fig 10 Prévision pour le jeudi 19 mai 2005 à
12h TU. Bracknell (MetOffice). Source Wetterzentrale.de.

Fig 11 - Prévisions du Modèle européen
pour jeudi 20 mai à minuit. 500 hPa
Source : ECMWF.
SUR LE SUD-EST :
Le Mistral se lève provisoirement dès demain mercredi 18, mais
ne touche probablement pas les Alpes-Maritimes qui connaissent encore un peu
d’instabilité sur le relief. La situation s’améliore
très vite plus à l’ouest, et le soleil brille. Pour les
jours suivants, le beau temps clair, calme et chaud s’installe, mais
à partir de vendredi ou samedi, des entrées maritimes d’abord
timides sont possibles affectant l’ouest du domaine, puis l’est.
Pas de pluie mais des nuages (Strato-Cumulus) inoffensifs au moins jusqu’à
dimanche ou lundi prochain, au minimum…
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS ET LES
MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR LA PREVISION
EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Pierre CARREGA
carrega@unice.fr
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