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BULLETIN du Dimanche 11 SEPTEMBRE 2005 soir.
C’est souvent quand on part qu’il se passe des
choses : pendant le colloque de l’AIC (Association Internationale de
Climatologie) à Gênes (du mardi 6 au samedi 10), il a bien plu
par moments, mais sans commune mesure avec ce qui se passait plus à
l’ouest.
La cerise sur le gâteau a été, lors du retour à
Vence, le constat des dégâts dus à la foudre : je passe
sur divers appareils mais la perte des données de ma station Davis
privée de courant à partir de mercredi matin m’a plutôt
déçu, pour une fois que les intensités pluviométriques
ont manifestement été très fortes, comme le montrent
les traces de ruissellement. Enfin, relativisons, d’autres ont eu bien
plus d’ennuis…
Merci à Georges d’avoir mis sur internet les données de
sa station de Roquefort les Pins qui est assez proche de Vence : accessible
par meteosudest (menu : stations persos) ou bien directement http://www.meteo-chamois.dnsalias.com/index.htm
On y apprend qu’il est tombé près de 210 mm de mardi soir
à vendredi, donnée corroborée par la presse (Nice-Matin)
qui annonce 220 mm à la station MétéoFrance de Tourrettes
sur Loup. Au revoir les incendies, mais bonjour l’eau !
Je reviens sur ces épisodes et insiste sur la correspondance
entre images satellites et radio-sondages effectués au même moment,
à l’aide de deux exemples.
La fig 1 montre des nuages encore pas très froids (d’où
leur couleur grise) car pas très élevés, sur la Provence
et le Languedoc, ce mercredi 7 septembre à 14h locales. La fig 2 indique
que le potentiel d’instabilité est fort, et qu’un cumulo-nimbus
peut se former, et la nuit suivante le montrera ! On a donc ici une coupe
verticale de l’atmosphère dans des cumulus de basses et éventuellement
moyennes couches, en formation.

Fig 1 Image Meteosat IR. A 12h TU le 7 septembre 2005.
http://www.chmi.cz/meteo/sat/SDUS/
Les cumulus commencent à monter dans le ciel nîmois
et provencal, mais ils n’atteignent pas encore de hautes altitudes,
et les grosses cellules orageuses sont encore en mer, au sud.

Fig 2 Radio-sondage de Nîmes à 12h Tu le mercredi
7 septembre, la condensation a lieu dès l’altitude de 800 m.
Le Cb peut monter à près de 11000m…
La fig 3 montre une image satellite le jeudi 8 septembre à 23h TU,
tandis que le radiosondage correspondant est sur la fig 4. On voit qu’ici
l’orage est en plein sur Nîmes et ses environs, ce qui a d’ailleurs
gêné le bon déroulement du suivi du ballon, puisque le
sondage est interrompu au dessus de 6000m d’altitude… Ce qui frappe,
est la saturation de l’air…

Fig 3 Image Meteosat IR. A 23h TU le 8 septembre 2005.
http://www.chmi.cz/meteo/sat/SDUS/
La cellule orageuse recouvre toute la région nîmoise

Fig 4 Radio-sondage de Nîmes à 23h TU le jeudi
8 septembre, la masse d’air est saturée en vapeur d’eau
dès 100à 200m d’altitude.
Durant ces derniers jours on a eu dans le Sud-Est les ingrédients
nécessaires à de fortes pluies :
- un moteur d’ascendance (1) ;
- de la vapeur d’eau (2).
(1) Rappelons qu’un cumulonimbus (ou une cellule orageuse)
n’est qu’une pompe, et qu’il contient simultanément
peu d’eau. Par contre c’est une machine à transformer de
la vapeur d’eau (gaz) en eau liquide en la faisant condenser. Et pour
cela, il faut une ascendance, car la montée de l’air provoque
sa détente et donc son refroidissement (nécessaire à
la condensation). L’ascendance est donc l’élément
moteur essentiel : ces jours derniers elle a été favorisée
par, à la fois l’instabilité thermique verticale (air
chaud et humide en bas et air relativement froid en haut, avec l’approche
de la goutte froide) ; par le cyclonisme (courbure des flux et dépression)
et par l’orographie (orientation de relief qui oblige le flux instable
à s’élever mécaniquement). Si seul le moteur est
présent, on est alors en situation d’hiver ou de printemps, avec
des cyclogénèses parfois violentes, mais des précipitations
parfois bien faibles car la mer est froide et fournit peu d’évaporation.
Si seule l’eau est disponible, on est plutôt en situation d’été
: la mer chaude évapore, mais l’air ne monte pas (présence
d’un puissant anticyclone). En automne, chez nous, la circulation redevient
favorable aux ascendances et la mer demeure encore bien chaude.
ANALYSE :
La carte de la fig 5 montre une circulation peu vigoureuse, de Nord dominante
sur la France, entre l’anticyclone atlantique proche et la zone dépressionnaire
d’Europe Centrale.
Fig 5 Analyse pour la surface le dimanche 11 septembre à
18h TU. PC05 05 09 2005
Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
Ce flux de NNW à NE se retrouve vers 1500m (fig 6) sous forme d’une
langue injectée vers le sud, et il est froid pour la saison.
Fig 6 Analyse en altitude (850 hPa) à 12h TU le 11
septembre 2005.
Source : meteocentre.com/toulouse
Plus haut, vers 5600 m, on trouve l’élément
moteur qui commande la circulation, sous forme d’une goutte froide très
nette (fig 7), centré sur le Sud-Ouest de la France à la mi-journée,
dirigeant un fort flux de SW sur le SE du pays, et aspirant de l’air
nettement plus chaud plus à l’Est (Autriche, Allemagne), sur
sa face orientale.
Fig 7 Analyse en altitude (850 hPa) à 12h TU le 11
septembre 2005.
Source : meteocentre.com/toulouse
Même si l’alimentation en air chaud et humide en basses couches
s’est décalée vers l’Est et n’est plus d’actualité
chez nous, l’air est encore assez instable car froid en altitude, et
les cumulus et cumulonimbus ont encore été nombreux en journée,
avec des orages (fig 8). Par contre le manque relatif d’air humide et
chaud a limité les capacités à donner de fortes pluies
générales, à l’opposé de l’incessant
ballet des cellules orageuses de ces derniers jours qui ont tout de même
survolé la quasi totalité du Sud-est (et pas seulement !).

Fig 8 Impacts de foudre du dimanche 11 septembre. PC08 05
09 2005
Wetterzentrale.de
EVOLUTION :
La position des centres d’action bouge peu, et le flux reste au nord
pour lundi, basculant au NE puis à l’Est, dès mardi, en
même temps que la pression remonte et qu’un anticyclone gonfle
sur le nord de la France.

Fig 9 Prévision pour la surface le lundi 12 septembre
à 12h TU. PC09 05 09 2005
Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
A partir de mercredi 14, le gradient de pression en surface
devient faible et le vent tombe totalement, tandis que les températures
se réchauffent (fig 10).

Fig 10 Prévision pour la surface le jeudi 15 septembre
à 12h TU. PC10 05 09 2005
Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
A partir de vendredi une perturbation devrait s’infiltrer par le NW
de la France et donner des pluies sur la moitié nord essentiellement,
dans un premier temps. Il n’est pas exclu qu’en même temps
s’amorcent des remontées perturbées de SW, d’abord
sur le SW de la France…
SUR LE SUD-EST :
L’amélioration se poursuit, mais des formations cumuliformes
sont encore très probables sur le Sud-est, surtout en deuxième
partie de journée, et sur les reliefs. Des orages sont encore très
possibles, mais ne donneront que ponctuellement des averses parfois importantes,
sans présenter l’aspect des vagues successives qui ont intéressé
toute notre région ces derniers jours. Le temps devient frais sinon
froid la nuit et ne se réchauffe sensiblement qu’à partir
de mercredi.
Il est probable que le passage prévu pour lundi 12 et mardi 13 du talweg
d’altitude bien marqué –et de l’air froid associé-
(fig 11) se traduira par une recrudescence dans l’après –midi,
de ces orages qui pourraient être localement violents vers la frontière
italienne et le Comté de Nice, et prendre la forme d’un retour
d’est. Le Mistral se lève lundi en vallée du Rhône
et se renforce mardi, avant de se calmer mercredi.
Sensible amélioration avec ciel clair et plus chaud, sans vent, de
mercredi jusqu’à au moins vendredi 16 ou samedi 17.

Fig 11 prévision du géopotentiel 500 hPa pour
lundi 12 à 18h TU. PC11 05 09 2005
Modèle Bolam. www.meteoliguria.it
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS
ET LES MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR
LA PREVISION EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Pierre CARREGA
carrega@unice.fr
Université de Nice-Sophia Antipolis /
Equipe Gestion et Valorisation de l’Environnement (UMR Espace).
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sur la rubrique "Dossiers"
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