
BULLETIN du samedi 10 juin 2006 soir
Cette dorsale anticyclonique centrée sur la France,
étroite à la latitude de cette dernière et plus évasée
sur la mer du Nord (en oméga dirait Guy Plaut) maintient deux courants
opposés à 180° sur ses flancs : tendance Nord à
l’E, et inversement Sud à l’W. Du coup, dans le Sud-Ouest
il fait plus chaud que dans le Sud-Est, et j’ai apprécié
hier à Toulouse le vent d’Autan qui soulageait l’atmosphère.
Le soleil cogne dur (on n’est qu’à 11 jours du solstice
et comme la loi commandant la puissance du rayonnement solaire en fonction
du temps est une sinusoïdale, autant dire que le soleil est aussi fort
que le jour de l’été officiel). Mais, toujours dans
le Sud-est, à l’ombre la chaleur est bien supportable, y compris
dans les fours traditionnels comme Le Luc. Et la pluie ? rien à l’horizon
pour le Sud-est, et ça commence VRAIMENT à devenir inquiétant
pour l’été…
ANALYSE :
L’image infra-rouge de Météosat montre
du beau temps clair sur l’Europe de l’ouest, avec un peu d’instabilité
sur les Alpes et surtout les Pyrénées, et surtout 3 systèmes
nuageux : le -1- sur Espagne, Baléares et Maghreb ; le -2- sur les
Balkans, et le –3- sur le proche Atlantique mordant un peu sur la
Bretagne (fig 1).

Fig 1 Image Meteosat Infra-rouge du 10 juin à 17h30
TU.
http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de
L’image « vapeur d’eau » (fig 2)
permet encore mieux d’identifier ces 3 systèmes, en particulier
leur structure tourbillonnaire mêlant air riche en vapeur d’eau
(en blanc) provenant le plus souvent des surfaces terrestres ou marines
d’où il est évaporé ; et au contraire air sec
subsident provenant plutôt des couches supérieures très
pauvres en humidité (en noir). Certaines structures frontales où
les contrastes de mouvements verticaux sont importants sont ainsi bien soulignées
(pointillés blancs à l’arrière du front froid
Atlantique, près de –3-).
Mais des contrastes de vapeur d’eau (moins forts) s’observent
aussi en l’absence de front, comme par exemple entre le Pas de Calais
et le Golfe du Lion. On voit plutôt ici la limite entre l’air
subsident à l’E de l’axe de la dorsale d’altitude,
et inversement les ascendances sur la partie W de l’axe de la dorsale.
On retrouve à nouveau de l’humidité plus à l’E,
concernant la Provence, en bordure du talweg d’altitude situé
sur l’Europe Centrale.

Fig 2 Image Meteosat vapeur d’eau du 10 juin à
17h30 TU.
http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de
La fig 3 n’est pas une analyse mais une sortie de
modèle prévoyant la direction et la vitesse du vent à
700 hPa (vers 3000 m) mais surtout l’humidité (réellement)
contenue dans l’air. On note qu’elle coïncide bien avec
la fig 2, en particulier pour les limites air sec-air humide (gros pointillés
noirs)…

Fig 3 Prévision vent-humidité du géopotentiel
700 hPa pour le samedi 10 juin à 12h TU.
Source : modèle Bolam. www.meteoliguria.it
La fig 4 montre bien la situation à 1500m d’altitude
environ, avec les remontées chaudes (modérément) sur
la partie W de la France, poussant jusqu’en mer du Nord et en Ecosse
dans un flux de Sud (flèches rouges) à l’Est de la dépression
Atlantique froide, et inversement sur le flanc oriental de l’anticyclone,
les coulées froides en bleu qui atteignent le sud de l’Italie.
Cette belle situation de blocage méridien est assez stable dans l’ensemble
mais au gré des pulsations chaudes à l’Ouest ou froides
à l’Est les champs de pression et thermiques ainsi que les
mouvements verticaux varient un peu, ce qui donne un peu de variété
d’un jour à l’autre dans la nébulosité,
la température, et quelques pluies parfois (sur les Pyrénées
essentiellement). Quant à l’extrême Sud-Est du pays,
il est de temps en temps concerné marginalement par les descentes
de Nord.

Fig 4 Analyse du géopotentiel 850 hPa le samedi 10
juin à 12h TU.
Source : Météocentre.
L’analyse en surface masque (comme souvent en été) ces
coulées de Nord, et l’anticyclone centré sur le Danemark
recouvre en fait toute l’Europe, et seule la dépression Atlantique
(système –3-) s’affirme avec netteté (fig 5).
Mais les systèmes 1 et 2 sont à relier davantage à
ce qui se passe en altitude, on voit très bien les minimums associé
à 250 hPa…
Fig 5 Analyse en surface, le 10 juin à 12h TU Modèle
Bracknell du MetOffice.
Source : wetterzentrale.de
En France, le temps est assez clair en général,
on l’a vu, et chaud à l’W et au N, sauf en Bretagne prise
dans le brouillard (fig 6). Des nuages sur les Pyrénées abaissent
la température, ainsi que l’origine marine du vent d’Autan
et du flux de S en règle générale en Méditerranée,
qui prend en fait la température de la mer et advecte cet air sur
le « continent » ou après quelques kilomètres
parcourus sur la terre il se réchauffe.

Fig 6 Le temps en surface sur la France, le 10 juin à
15h TU (17h légales).
Source : Météocentre.
EVOLUTION :
Pour les jours à venir, aucun changement significatif
ne semble se profiler à l’horizon, surtout pour les 3-4 jours
à venir, sauf une aggravation sur le Sud-Ouest. Le système
1 semble se diluer et disparaître, et le 3 attend son heure au large.
Demain dimanche, pas de différence notable en surface, par contre,
rapprochement de la dépression d’Europe Centrale –2-
qui joue à la « rétro-goutte froide » en glissant
vers le SW depuis les Balkans vers le sud de la botte Italienne. Nous ne
sommes pas sur sa trajectoire, mais l’air plus froid d’altitude
qui accompagne le talweg associé (-15° sur le Sud-Est à
500 hPa contre –11° sur le Sud-Ouest) risque de favoriser quelques
développement instables (cumulus) probablement pas des cumulonimbus
ou des orages… sur les reliefs des Alpes et de la Corse (fig 7). L’instabilité
semble toutefois devoir rester modérée, avec une CAPE limitée,
et peu d’humidité dans l’air…

Fig 7 Prévision en surface pour le dimanche 11 juin
à 12h TU.
Source : modèle Bolam. www.meteoliguria.it
Lundi 12 juin, le talweg 2 aura glissé vers le SSE et la nébulosité
devrait diminuer surtout en montagne, mais quelques entrées maritimes
de basses couches semblent bien possibles sur le Roussillon et le Languedoc
plus que sur la Provence, tandis que les remontées chaudes par «
bouffées » perdurent sur l’Espagne et le Sud-Ouest, avec
probablement de l’instabilité débordant sur les Pyrénées
et peut-être même au nord, coté français.
Fig 8 Prévision en surface pour le lundi 12 juin
à 12h TU.
Modèle Bracknell du MetOffice. Source : Wetterzentrale.de
Mardi 13 à peu près le même scénario
mais l’étau se resserre encore : un talweg avec pluie se développe
en surface sur l’Espagne et le système 3 se rapproche de la
Bretagne, régénéré par l’approche d’un
nouveau talweg de NW (fig 9).

Fig 9 Prévision en surface pour le mardi 13 juin
à 12h TU.
Modèle Bracknell du MetOffice. Source : Wetterzentrale.de
Mercredi 14 juin, le modèle Européen montre l’approche
du talweg britannique en altitude qui semble ne pas devoir se fondre avec
la goutte froide Atlantique plus au sud le lendemain jeudi 15, mais plutôt
filer vers l’Est sans beaucoup descendre en latitude, tandis que la
dorsale française s’affaiblit lentement (fig 10). Evolution
à suivre pour jeudi 15 et vendredi 16 avec le mouvement réel
que suivra le talweg de NW devenu goutte froide sur la Belgique…

Fig 10 Prévision du géopotentiel 500hPa pour
le mercredi 14 juin à 12h TU.
SUR LE SUD-EST :
Pas de grande évolution à attendre : instable
surtout sur le relief Alpin et Corse demain dimanche, tandis que le temps
reste modérément chaud.
Ensuite, temps assez clair partout, mais quelques stratus ou strato-cumulus
d’origine maritime possibles surtout à l’Ouest du domaine
à partir de lundi surtout, s’accentuant ensuite.
Chaleur plus forte à l’ouest du domaine (hors des éventuelles
entrées maritimes), mais dès lundi la nébulosité
de bases couches ou d’altitude sera plus faible à l’extrême
Sud-est.
Pas de pluie à espérer au moins jusqu’à jeudi
15 juin inclus.
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS
ET LES MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR
LA PREVISION EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Se voulant une initiation et une réflexion scientifique, elle n’engage
en rien son auteur du point de vue des prévisions !
Pierre CARREGA
carrega@unice.fr
Université de Nice-Sophia Antipolis /
Equipe Gestion et Valorisation de l’Environnement (UMR Espace).
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