
BULLETIN du Dimanche 9 Octobre 2005 soir.
Ca fait du bien de voir le soleil après ces 5 jours de gouttes froide
insistante.
Dès dimanche dernier 2 octobre le temps s’est gâté,
sans empêcher ceux (du Sud-est) qui étaient en gros à
l’ouest du fleuve Var de voir à peu près correctement
ce surprenant spectacle du soleil se faisant dévorer (partiellement)
par la lune le lundi 3 en matinée.

Fig 1 Le soleil (pas la lune) à 10h36 locales le
3 octobre.

Fig 2 Le soleil (toujours pas la lune) à 11h08 locales
le 3 octobre. C’est le maximum.
Toujours quelques nuages…
Fig 3 Le soleil à 12h24 locales le 3 octobre. C’est
bientôt fini et ça se gâte !
Toutes les photos ont été prises à Vence par moi-même
sur une lunette 150/1200mm, avec un appareil photo numérique compact
à l’oculaire (40mm), avec un filtre AstroSolar.
Parfaitement centrée entre Corse et Provence dès le 3, comme
le montre la fig 4 qui ne demande aucune surcharge explicative, cette goutte
a joué les prolongations et s’est incrustée sur place
sans aucune gêne jusqu’à la nuit de vendredi à
samedi, date de sa dérive vers le sud de la botte Italienne.
La forte vorticité de ce bas géopotentiel a ainsi organisé
de lundi à vendredi une circulation cyclonique et instable de secteur
est , en particulier sur les premiers reliefs, et aussi sur la mer surtout
de nuit, à l’est de la Provence et sur la Riviera Franco-Italienne,
avec des averses parfois intenses mais peu durables en général.
C’est que l’alimentation chaude et humide était bien
plus à l’Est : sur l’Italie et l’ex- Yougoslavie
. C’est là qu’il a beaucoup plu. Sur le Sud-Est de la
France régnait une colonne massive d’air froid puisant un peu
d’air marin, mais sans plus, même si l’instabilité
verticale était localement forte et quelques trombes marines de la
fête.

Fig 4 Géopotentiel 500 hPa le 3 octobre à
12h. Source : meteocentre.com
En plus, l’effet de Foehn engendré par les
crêtes de la frontière (massif de l’Argentera-Mercantour)
a joué pour limiter les précipitations coté français,
alors que ça tombait fort du coté italien (Cuneo, Limone,et
le Piémont).
L’image radar de la fig 5 montre bien cet effet lié à
la subsidence sous le vent de la crête, coté français,
donc en régime de Lombarde. Il ne s’agit pas de la limite de
portée du radar italien, car d’autres situations ont montré
qu’il est capable de capter des échos sur les Alpes-Maritimes.
Fig 5 Echos de précipitations sur les Alpes franco-italiennes
et la plaine du Pô le 6 octobre entre 19h10 et 21h40. Effet de Foehn.
Radar de Monte Settepani, près de Gênes.
Source : w.meteoliguria.it
ANALYSE :
Une dorsale de hautes pression s’est développée
à partir de l’anticyclone russe sur un axe Moscou – Tanger.
(grosses croix grises sur la fig 6). Le gradient de pression est faible
sur la France et la Méditerranée, ce qui favorise la stagnation
de l’air et donc les nombreux brouillards et stratus sur le pays,
avec une alimentation de sud malgré tout (flèches pointillées
grises).

Fig 6 Analyse en surface le dimanche 9 octobre à
18h TU. Modèle Bracknell du MetOffice. Source : w.wetterzentrale.de
Il fait donc chaud sur le Sud-Ouest en particulier (>
25° parfois), mais ce qui règle la température, c’est
surtout la nébulosité : sur la Côte Languedocienne 17°
seulement à 16h dans les stratus des entrées maritimes locales
(fig 7) associées au vent d’autan humide et marin.

Fig 7 Carte de surface pointée (France) le dimanche
9 octobre à 14h TU. Source : meteocentre.com
Il y a bien une advection chaude sur le flanc SW de cette
énorme dorsale anticyclonique de surface que l’on retrouve
à 1500 m (850 hPa) scindée en 2 centres de haute pression
séparés par un col : une cellule anticyclonique sur la Russie,
et une sur Espagne et France, une dépression sur le NW des Iles britanniques,
et la vieille goutte sur le sud de l’Italie. C’est ce qu’on
appelle une situation en croix (le centre étant sur Suisse-Autriche).
La cellule Ibérique draine de l’air chaud sur sa face W plus
de 14°C à 850 hpa sur toute l’Espagne, ce n’est pas
mal en octobre… (cf isothermes surlignés en rouge, fig 8),
surtout quand il fait 0°C sur l’Ecosse au même moment.

Fig 8 géopotentiel le dimanche 9 octobre à
12h TU. Source : meteocentre.com
Grâce à cette circulation, le ciel français
est exempt de nuages menaçants ce dimanche sur la France, seul le
NW est effleuré par des nuages d’altitude, mais les stratus
sont nombreux, y compris sur le Languedoc (fig 9).

Fig 9 Image Meteosat Infra Rouge thermique. A 15h00 TU le
dimanche 9 octobre 2005.
http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de
Sur l’Espagne par contre, les remontées perturbées
ont commencé, sur le flanc W de la dorsale ibérique, en liaison
avec le minimum atlantique au large du Portugal, au dessus duquel on retrouve
déjà des vents très forts à haute altitude (250
hPa)
Pour ajouter un peu de … piment, on a la surprise de découvrir
un CYCLONE D’ORIGINE TROPICALE nommé « VINCE »
affublé d’un vrai œil, comme aux Antilles ou en Floride,
sauf qu’on est au large du Maroc ! L’agrandissement de l’image
de 20h ce soir de dimanche, en fig 10 est saisissant : au moins sur l’image
ce système a toutes les caractéristique d’une cyclogénèse
tropicale. Il est très rare de voir des cyclones garder leur morphologie
d’origine (petite taille, forme circulaire, et surtout œil) en
abordant l’Europe.
Formé d’air chaud uniquement, contrairement aux perturbations
tempérées, il devrait en principe s’affaiblir en entrant
sur les eaux froides bordant le Portugal et le Maroc, mais selon sa trajectoire
ultérieure, une régénération provisoire sur
les eaux chaudes méditerranéennes n’est pas exclue sauf
s’il se fait rejoindre par l’air froid qui arrive du NW…
En tout cas c’est du vent fort et du mauvais temps à la clé
le long de la trajectoire, qui devrait vite se calmer si le cyclone passe
sur le continent et y reste, puisqu’il se nourrit de chaleur sensible
et surtout de la chaleur latente libérée par les énormes
masses de vapeur d’eau évaporées par la mer puis catapultées
en altitude par le cyclonisme et l’instabilité, et qui se condensent
en énormes cumulonimbus
Fig 10 Zoom sur l’image Meteosat Infra Rouge thermique
de 20h00 TU le 9 octobre 2005.
http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de
La fig 11 montre bien la différence de structure
entre un cyclone tempéré (C) et une cellule orageuse (O),
ainsi (profitons de l’image) que la subsidence post-frontale d’air
d’altitude sec, derrière le front froid atlantique (S).

Fig 11 Image Meteosat Infra Rouge Vapeur d’eau. A
19h00 TU le dimanche 9 octobre 2005.
http://meteosat.e-technik.uni-ulm.de
EVOLUTION :
Le temps se dégrade lentement sur la France à partir de demain
lundi 10 (fig 12). Le vent de sud commence à souffler en vallée
du Rhône –R- tandis que le vent d’Autan –A- se renforce
également. Quant à Vince, il se rapproche de la côte
Portugaise… mais un système frontal atlantique se rapproche
de lui par le NW et devrait plus ou moins l’incorporer…

Fig 12 Prévision pour la surface le lundi 10 Octobre
à 18h TU.
Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
La dorsale d’Europe Centrale fait de la résistance
et la pression reste élevée, y compris sur la
plaine du Pô, mais le gradient de pression se resserre, d’où
l’accentuation du vent mardi. La pluie devrait insister sur l’ouest
de la France avant de commencer à se décaler sérieusement
vers l’est dès mercredi 12 octobre. Comme souvent dans ces
cas, le système perturbé semble se scinder, avec une partie
nord s’évacuant vers la mer du Nord, et la partie sud restant
solidaire de la énième goutte froide en formation sur l’Espagne
le jeudi 13.
La dégradation est nette mercredi soir et surtout jeudi sur le midi
de la France où le système perturbé atlantique semble
se régénérer sur les Baléares (fig 13).

Fig 13 Prévision pour la surface le jeudi 13 Octobre
à 12h TU.
Modèle Bracknell du MetOffice.Source : Wetterzentrale.de
SUR LE SUD-EST :
Demain lundi et mardi le temps reste assez beau, mais avec
des possibilités croissantes de nuages bas, liés à
des entrées maritimes.
Le système de la goutte froide est excellent pour provoquer des pluies
abondantes sur sa face orientale puisque le moteur est présent pour
faire monter l’air, avec le cyclonisme lié à la forte
vorticité (advection de tourbillon en altitude), avec l’instabilité
thermique verticale, et l’orographie. Il ne manque plus que la vapeur
d’eau ? Non ! il y en a beaucoup sur la mer encore chaude.
La goutte et la dépression associée sont assez à l’ouest
pour que le Sud-est soit dans le flux chaud et humide (fig 14). Il faut
donc s’attendre à nouveau à des remontées de
systèmes perturbés de SW peu organisés, instables,
la nuit surtout sur la mer, difficiles à prévoir, et pour
lesquels le meilleur outil est souvent l’image infra-rouge thermique
mais surtout le radar précipitations.
De forts épisodes Cévenols semblent donc bien probables à
partir de mercredi ou jeudi matin. Mais de fortes pluies en basse Vallée
du Rhône et en Provence ainsi que sur le Comté de Nice sont
également très possibles, un peu plus tard… La Corse
devrait être touchée en dernier.
Le vent d’est va se lever dès lundi ou mardi sur les côtes
provençales.
Il semble d’après le MetOffice, qu’ensuite le vendredi
14 le système se scinde, et qu’une partie remonte vers l’Italie
du Nord, tandis que l’autre descend vers l’Algérie. Ce
scénario peut encore évoluer car c’est loin…

Fig 14 Modèle européen. Prévisions
pour jeudi 13 octobre à 12h. Source : w.ecmwf.int
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS ET LES
MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR LA PREVISION
EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Se voulant une initiation et une réflexion scientifique, elle n’engage
en rien son auteur du point de vue des prévisions !
Pierre CARREGA
carrega@unice.fr
Université de Nice-Sophia Antipolis /
Equipe Gestion et Valorisation de l’Environnement (UMR Espace).
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