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BULLETIN DU MARDI 1er MARS 2005 MIDI .
Passionnantes journées, d’un point de vue météorologique,
devenues rares ces dernières années, qui viennent de s’écouler
dans le Sud-Est ! plutôt heureuses aussi pour pas mal d’écoliers
en repos forcé (et quelques adultes aussi ?) grâce à la
neige.
Elle est bien tombée entre l’après-midi de dimanche sur
l’extrême Sud-Est et la fin de matinée sur l’ouest
de la Provence, mais la température positive de lundi, jointe au rayonnement
solaire déjà printanier, l’ont vite fait fondre là
où elle était peu épaisse, et la verdure est vite réapparue
même là où l’épaisseur était conséquente,
comme par exemple à Vence (un bon 15cm). Les deux photos prises à
Vence hier matin et ce matin montrent l’ampleur du changement !
Un peu frustrant…

Lundi 28 février 9h00 Mardi 1er mars 9h00 …
Analyse :
Sur l’image satellite infra-rouge ci-dessous (22h locales le dimanche
27), on voit toujours le cortège de nuages traversant la Méditerranée
d’W en E, mais leur latitude a bien été décalée
vers le Maghreb. C’est que la forte coulée froide est bien arrivée
et repousse tout vers le sud.
Les flèches blanches pleines montrent les flux principaux pendant la
nuit du 27-28 février et la matinée du 28. On voit bien le Mistral,
provoquant un ciel clair (en foncé sur l’image, car il n’y
a pas de nuages, donc la surface qui émet le rayonnement infra-rouge
est bien le sol lui même).

Météosat infra-rouge. 27 février 2005 à 21h TU
(22h locales).
Par contre, sur les Alpes et le Comté de Nice, ainsi que le golfe
de Gênes, des nuages, blancs sur l’image, car leur sommet est
froid (par convention, le plus chaud est noir et le plus froid est blanc)
sont en plein développement et provoquent déjà des chutes
de neige localement intenses (flèche et gros flocon noirs !).
CETTE PERTURBATION VA, COMME ON S’Y ATTENDAIT, GLISSER VERS L’OUEST
AU COURS DES HEURES SUIVANTES ET DONNER SOUVENT PLUS DE 10 A 15 CM DE NEIGE
SUR LES PREMIERS RELIEFS LITTORAUX DU SUD-EST.
On note également des nuages sur le piémont Pyrénéen
et le Massif Central, les reliefs de l’est, avec des neiges orographiques,
ainsi que des paquets épars en plaine , dans la moitié nord
du pays.
On a donc 3 points importants à regarder de près :
1- L’ADVECTION D’AIR GLACIAL SUR LA FRANCE.
L’air glacial est massivement arrivé comme promis de l’est
de la Scandinavie et du Nord de la Russie dès dimanche.

Températures en Europe à 7h TU le 1er mars 2005.
Froid mais également très sec, il a continué à
se refroidir pendant cette nuit de lundi à mardi, et l’on a probablement
atteint ce 1er mars les températures les plus froides de l’année
en de nombreuses régions. Les minimums en dessous de –10°
ou même de –15° sont légion !
POUR COMPRENDRE DE TELS MINIMUMS, voyageons jusqu’à SODANKYLA,
à 179 m d’altitude au nord de la Finlande (cercle polaire). Pourquoi
? Parce que c’est en partie de là que vient la masse d’air
qui recouvre maintenant la partie continentale de la France. Cette masse d’air
s’est élaborée dans le calme (sans vent) sur une surface
enneigée perdant en permanence de la chaleur (donc se refroidissant
depuis plusieurs mois) et n’en recevant pas, du fait du rayonnement
solaire très faible encore en cette saison.

Sondage de Sodanlyka le 1er mars 2005 à 00h TU.
La partie de graphique qui nous intéresse se lit facilement : les
repères de températures sont des lignes noires obliques, graduées
de 10 en 10 °C. En dessous de 0°C, j’ai rajouté les valeurs
de plus en plus froides de droite à gauche (-10, -20, -30, etc). Les
valeurs de pression de l’air (variant avec l’altitude) se lisent
sur l’axe vertical à gauche : elles partent de 1050 hPa et les
niveaux de pression sont indiqués de 100 en 100 hPa (et diminuent évidemment
en montant).
On découvre une INVERSION VERTICALE DE TEMPERATURE PHENOMENALE : il
fait – 32 ° sous abri (à 2m du sol), contre seulement –
12° à 400 m d’altitude environ (960hPa), soit 20° d’inversion
(l’air est plus chaud au-dessus) sur 200 m d’altitude !! Il fait
-16° à 850 hpa (1320 m), et pour retrouver les –32° mesurés
en surface, il faut monter jusqu’au niveau 630hPa… soit près
de 4000m d’altitude.
Dans le graphique (sondage) ci-dessous, figure la structure de l’atmosphère
à Nancy, ce même 1er mars à 00h TU. Les températures
sont bien sûr moins sévères, mais certains caractères
se retrouvent, atténués : une inversion de très basses
couches, avec –11° à 2 m sur sol, et –7° (4°
d’inversion) quelques dizaines de mètres plus haut. Et il fait
à peine (1°) plus froid à 850 hpa (1400m d’altitude)
qu’en surface. En fin de nuit, quelques heures plus tard, la température
aura encore baissé en surface, jusqu’à –15°
à 7heures, accentuant encore l’inversion, avec l’aide de
l’absence de vent, car la pression est remontée sur la France
et l’air est calme en l’absence de gradient barométrique.
Sondage de Nancy le 1er mars 2005 à 00h TU. Il fera –15°
à 7h00 en surface.
COMME EXPLIQUE DANS LES PRECEDENTS BULLETINS, CETTE VAGUE DE FROID DIFFERE
DE LA PRECEDENTE PAR LE FAIT QUE, PROPORTIONNELLEMENT, L’AIR LE PLUS
FROID EST CETTE FOIS-CI DANS LES PLUS BASSES COUCHES DE L’ATMOSPHERE
(SUR LES 1000 PREMIERS METRES), ET NON PAS AU DESSUS DE 2000-3000M D’ALTITUDE.
A l’exception des bordures maritimes, il n’y a donc pas d’instabilité
verticale importante, donc pas de gros cumulus, puisque l’air froid
est en bas.
2- L’AIR TRES FROID DE SURFACE N’EST PAS MASSIVEMENT ARRIVE PAR
L’ITALIE DU NORD.
Les flèches en blanc pointillé de la première image -satellite-
(sur l’Europe Centrale) indiquent le parcours de l’air froid dans
les basses couches, qui, bloqué par les Alpes Suisses et Autrichiennes
doit les contourner : par l’ouest, vers la France, c’est fait
! par l’est , vers la plaine du Pô, ce n’est que partiel
: l’arrivée d’air froid dans l’après-midi
du 28, d’abord sur la plaine du Pô et la botte italienne a bien
lieu. Elle déclenche du VENT D’EST SUR LE GOLFE DE GENES ET AU
SUD DE LA PROVENCE.
Mais cet air est un peu moins froid que pouvaient laisser croire les modèles,
et pas suffisamment froid pour empêcher la rapide fonte nivale dans
le Sud-Est comme on a vu ci-dessus.
La carte ci-dessous (le lundi 28 à minuit locales) montre que les températures
les plus froides sont à l’ouest des Alpes françaises,
et non en Italie du Nord.
L’isotherme –10°C grossièrement tracé englobe
presque le tiers du pays (avec les montagnes) du fait de l’origine continentale
de cette masse d’air comme évoqué dans le précédent
bulletin (gros signe « moins » en rose).
Donc à l’arrière de la langue d’air relativement
chaud et humide vers 1500 –3000 m d’altitude qui a donné
ces précipitations abondantes (environ 30 mm à Nice), l’advection
froide ne pousse pas très fort, l’air froid et le talweg d’altitude
lié s’éloignent progressivement vers l’Est et la
température d’hier lundi n’est pas très basse en
journée.
Rien à voir avec la célèbre vague de froid des 5 et 6
mars 1971 où les maximums étaient demeurés négatifs
sur la Côte d’Azur, en bord de mer !!

3- DEJA DE L’AIR PLUS DOUX ARRIVE PAR LE NORD AVEC ENCORE DE LA NEIGE.
Les autres flèches pointillées de la première image,
intitulées « redoux temporaire » résument la suite
des évènements dans les jours à venir….
Evolution :
La perturbation dont les nuages effleuraient dès hier soir lundi les
cotes françaises de la Manche pénètre lentement sur la
France ce mardi 1er mars en basculant vers l’Ouest et traverse le pays
de part en part, atteignant le Sud-Est et la Méditerranée le
jeudi 3, comme le montre la carte prévue ci-dessous :

Bracknell. Prévision pour jeudi 3 mars à minuit.
Un peu plus active sur la moitié nord-ouest que sur la moitié
nord-est du pays, elle provoquera très probablement des chutes de neige
en plaine, surtout au Centre ou à l’Est, et sans doute davantage
de pluie (avec verglas) à l’Ouest. Il neige en montagne, y compris
dans les stations de ski du Sud-Est peu gâtées ces temps-ci (sauf
par la possibilité de fabriquer de la neige artificielle grâce
au froid !)… Mais de fortes épaisseurs de neige ne sont pas du
tout garanties… car l’air reste encore froid en altitude et n’est
pas très humide.
Après un refroidissement postérieur temporaire (« la
traîne », avec des giboulées) elle est suivie par une seconde
perturbation qui traverse à son tour le pays vendredi et samedi. C’est
la perturbation qui traverse la Grande Bretagne sur la carte. Les flux froids
sont en gris clair, et plus doux en gris foncé ; pas très puissants….
A l’arrière, un nouveau flux de nord semble s’établir,
basculant sans doute au nord-est, ce qui accentue le refroidissement pour
le week-end prochain. Une nouvelle neige sur l’extrême Sud-est
n’est donc pas à exclure totalement vers dimanche prochain, pour
le moment…
SUR LE SUD-EST, temps clair à peu nuageux cet après-midi –quelques
cumulus surtout sur le relief, se voilant progressivement demain en journée
à l’approche conjointe d’une perturbation méditerranéenne
de SW et de celle venant du NW.
Des précipitations sont à prévoir dans la nuit de mercredi
soir et/ou jeudi, avant le rétablissement du Mistral en vallée
du Rhône et Provence Occidentale dans l’après-midi. La
limite pluie-neige semble de l’ordre de 500-600 m près du littoral
(mais plus basse à l’intérieur)…
NB : CE BULLETIN EPISODIQUE INSISTE DAVANTAGE SUR LES EXPLICATIONS ET LES
MECANISMES (EN PARTICULIER DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE) QUE SUR LA PREVISION
EN TANT QUE TELLE. C’EST VOLONTAIRE.
SA PARUTION (IRREGULIERE) SERA SURTOUT LIEE AUX PHENOMENES A RISQUE OU PRESENTANT
UN INTERET PARTICULIER.
Pierre CARREGA
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